le Musée de Proximité au CIVA - 16 septembre - 8 novembre 2021
rue de l’ermitage 5, 1050 ixelles


en octobre 2020, quelques mois après mon diplôme, je suis invitée par Christian Pottgiesser à présenter mon projet à la promotion suivante de l’école nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais 

au milieu des différentes fenêtres Zoom se trouve Cédric Libert, que je ne connais pas encore
ma présentation l’intéresse et nous restons en contact 
quelques mois après, Cédric m’écrit car il réfléchit à une exposition au CIVA :


nous échangeons pendant plusieurs semaines sur les possibilités d’une installation concernant le Musée de Proximité
ma première idée consiste à reproduire la façade du salon de coiffure d’angerville à échelle 1 en carton afin de déplacer le site dans le musée

cette piste sera effective jusqu’à ma visite au CIVA, en avril 2021
avec Cédric, je visite l’exposition Superstudio ainsi que tous les espaces constituant le musée : de la bibliothèque aux différents étages en sous-sol d’archives qui regorgent de dessins, plans et maquettes, dont l’origine et l’explication ont parfois disparu
lors de ce passage à bruxelles, je rencontre également Pierre Leguillon, qui inaugure une installation dans une vitrine vide près du CIVA
le lendemain, je déjeune chez lui, dans son Musée des Erreurs
une discussion sur une possible collaboration entre nos deux projets est entamée



voici ce que j’écris à Cédric quand je rentre à paris :



le texte évoqué est consultable ici


je prends encore quelques semaines pour réfléchir à mon intervention : est-ce une narration de ce qui s’est déjà passé l’an dernier? une reconstitution? une nouvelle étape du Musée de Proximité? un questionnement neuf sur les archives et ces objets-inindentifiables?
les pistes sont multiples mais j’ai surtout envie de m’installer au CIVA et d’observer depuis l’intérieur les relations avec l’extérieur

je propose à Cédric d’inventer une nouvelle étape du Musée de Proximité au CIVA en adaptant le protocole à l’institution muséale
l’espace d’exposition qui m’est confié est la salle “john malovich”, sorte de niche accessible uniquement par une ouverture dans une paroi et dont les fenêtres donnent sur la rue

l’exposition Institution Building est d’abord prévue pour juin 2021, mais est finalement décalée en septembre 2021

voici les croquis que j’envoie à Cédric et Pierre Labergue, scénographe de l’exposition :


l’installation se compose de deux parties : 
- l’exposition temporaire : une oeuvre est placée sur un socle visible à travers un oeilleton depuis la rue, grâce à un escabeau
- l’exposition permanente : sur un grand escalier, à l’intérieur de la niche, s’accumulent les oeuvres au fil des jours d’exposition

cette installation est faite de protocoles : il y a 45 jours d’ouverture, il faut donc trouver 45 oeuvres 
je récaptiule ce qu’il faut faire/construire/installer :



à distance, Pierre avance sur la construction de l’escalier côté rue : (croquis + photos : © Pierre Labuergue) 

la commune d’ixelles a donné son accord pour que l’escalier soit placé devant le musée uniquement la journée ; l’équipe technique conçoit un volume déplaçable facilement

pour le module d’exposition en escalier destiné à la “collection permanente”, j’imagine ceci :



Pierre propose cela :


on valide ensemble l’adaptation et l’équipe technique du CIVA se lance dans la construction :


à distance, j’avance sur la petite annonce, l’accord à signer entre le CIVA et le/la participant·e
je prévois 3 jours avant le vernissage pour terminer l’installation, finaliser les documents protocolaires et commencer à coller les petites annonces


j’arrive le lundi 13 septembre, directement au CIVA ; je rencontre l’équipe du musée : Stéphanie (head of production), Pierre (scénographe), Daphné (graphiste), Matylda (curator), Nikolaus (curator), Patrick (technicien), Chris (technicien), Renaud (technicien), Céline (agent d’accueil), Leïla (agent d’accueil), Marc (agent d’accueil)

je vais voir le module d’exposition avec Pierre puis le sous-sol du musée : c’est là que Chris, Renaud et Patrick terminent actuellement l’escalier destiné à aller à l’extérieur du CIVA (l’escabeau)
on le transporte à l’extérieur pour faire un dernier check :


avec Stéphanie, je travaille le texte de la petite annonce, qui devient bilingue : 

on discute de la notion de censure : que se passe-t-il si quelqu’un apporte une croix gammée ou un animal mort? on décide d’ajouter une ligne à l’accord, stipulant que le CIVA se réserve le droit de refuser toute oeuvre qui ne respecte pas la bienséance > cette nouvelle notion est très intéressante > j’aimerai écrire là-dessus car si le Musée de Proximité affirme qu’il est ouvert à tous et à tout, alors il n’est pas censé censurer

et si tout le monde apporte un objet provocant, il faut observer et analyser cela d’un point de vue sociologique et sociétal
le Musée de Proximité est un révélateur politique  

le lendemain, deux étudiants de l’ERG sont chargés de coller les premières petites annonces, ils vont vers Saint-Gilles

je pars également en coller vers la place fernand cocq et alentours

mercredi 15 septembre, le CIVA ouvre ses portes au public à 10h30 et quelques minutes après, la première oeuvre est déposée : 

voici le protocole de dépôt de l’oeuvre :

voici le formulaire à remplir par le·la participant·e :

la première oeuvre est une canette de la marque “Urine” : l’homme qui vient la déposer paraît étonné que nous acceptions sa proposition
cela alimente ma réflexion sur la possibilité d’une censure : que se passerait-t-il si tous les participants essayaient de repousser les limites de la bienséance? 

ce ready-made s’inscrit dans la lignée de Duchamp et de l’urinoir, ou encore de Piero Manzoni et ses excréments en boîte
il ne reste plus qu’à espérer que les propositions suivantes soient plus subtiles et variées 

plusieurs oeuvres arrivent dans la matinée

l’oeillet sur la vitre est traçé

il est important dans le projet car il invite le spectateur à regarder l’oeuvre de manière active : ce n’est pas une simple vitrine devant laquelle on passe et on voit quelquechose > c’est un dispositif visuel et spatial qui implique celui qui désire regarder

il est important que ce projet sollicite à chaque étape le spectateur sans que jamais il ne soit passif


Céline, chargée de l’accueil du CIVA du lundi au vendredi de 10h à 18h30, répond aux appels téléphoniques concernant la petite annonce : elle conseille aux gens de venir vite, “il n’y a que 45 places”

lorsque le CIVA ferme, il y a 5 oeuvres archivées


jeudi 16 septembre, il ne manque que les petites annonces en format XXL sur vinyl à appliquer sur l’escabeau et à côté de l’installation, à l’intérieur du musée
Patrick est l’expert de la technique de collage vinyl

une des nouveautés du Musée de Proximité au CIVA est la notion de valeur d’assurance : le CIVA, grâce à Stéphanie de Blieck, engage sa responsabilité pour chaque pièce qui intègre la collection (même temporaire)

quand la personne vient déposer son oeuvre, elle doit remplir la case “Valeur d’assurance :” 

cette question est très intéressante car, lors de mes observations, les participants ne l’ont pas anticipée et choisissent des paramètres très divers pour définir une valeur monétaire à ce qui n’en a pas forcément


cas de figure vus et entendus :
- Jacques, chargé de la librairie du CIVA, veut déposer un coquillage/fossile qu’il a depuis son enfance > lorsque je lui demande de réfléchir à la valeur de l’objet, il regarde sur internet à quel prix on peut s’en procurer un similaire
> Jacques a l’air déçu d’apprendre que son oeuvre, pourtant vieille de plusieurs millions d’années, vaut 24€

- un visiteur calcule le temps que cela lui a pris (2heures x 9€ = 18€), additioné au matériel (peinture = 7€ + toile = 9€) = 34€


- la moyenne varie entre 10 et 100€
- plusieurs oeuvres sont estimées à 0€
- une oeuvre est estimée à 1200€

les oeuvres continuent d’arriver

dans les réserves du CIVA, on consacre plusieurs étagères au stockage des oeuvres

le soir, c’est le vernissage
une série de talks est organisée : je présente, en anglais, avec Matylda Krzykowski, le projet à Angerville et au CIVA
à la fin de la soirée, il y a une vingtaine d’oeuvres déposées

vendredi 17, je fais une story sur instagram pour récapituler les étapes concernant l’oeuvre :

 


les liens qui se tissent avec le personnel du musée autour de la réception des oeuvres sont inspirants
souvent, l’équipe technique jette un oeil aux pièces déposées et s’en suivent des conversations sur la valeur de l’art, et l’importance de fédérer un public neuf autour de l’exposition

Marc, agent d’accueil, / Chris, constructeur au musée / Leïla, agente d’accueil, ont chacun déposé une oeuvre
Jacques, gérant de la librairie, hésite encore

je suis touchée par l’implication des membres de l’équipe au quotidien
ils me disent que c’est la première fois qu’ils donnent leur avis, et qu’il est pris en compte
> le Musée de Proximité sert de connecteur social
il connecte de manière interne au musée, en permettant aux équipes de choisir, à leur tour, ce qui va entrer dans les collections dont ils ont la gestion

le Musée de Proximité fait également parler du CIVA aux alentours : certains voisins ne savaient pas que le CIVA était un musée et franchissent désormais la porte pour déposer une oeuvre 

> visible à travers l’oeillet ce samedi 18, l’Objet trouvé dans le jardin, déposé par Marc


à la fin de la journée, 41 oeuvres ont déjà été déposées
ce succès est inespéré
je suis heureuse car la collection est magnifique de par sa liberté, sa spontaneité et sa liberté
je repense à mes premières réflexions sur l’art brut et le musée : je suis fière d’avoir construit un espace dans lequel tous les artistes sont accueillis et légitimes, sans distinction ni jugement de valeur
je repense toujours à Eric Leblanche, le cousin de ma grand-mère, qui, quand il n’était pas à l’hôpital psychiatrique, recouvrait sa maison de fresques : serait-il venu déposer un dessin au Musée de Proximité, si celui-ci s’était installé près de chez lui?


 

Marc ouvre et ferme entièrement le CIVA seul le week-end



la collection permanente s’agrandit donc chaque jour

je reprends le train pour paris ce jour à 12h
juste avant de quitter le CIVA, j’imprime tous les cartels en avance
il y a 44 oeuvres : il n’en manque plus qu’une
ce sera marc qui la receptionnera et je la découvrirai à mon retour, dans 3 semaines


en rentrant à paris, j’écris ce mail à Pierre :


à suivre



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