LE MUSÉE DE PROXIMITÉ

projet de fin d’étude à l’école nationale supérieure d’architecture de paris-malaquais - 2020
























C’était juste au début du confinement ; il fallait rapidement se décider sur un sujet de diplôme, rapidement s’habituer au confinement, rapidement commencer à faire des maquettes et des coupes. Et j’étais encore perdue entre les monuments aux morts, les souvenirs, les hommages et les musées.


Confinée à Méréville, je prenais la voiture tous les jours pour aller à l’Intermarché. C’est là que j’ai commencé à voir puis à regarder les vitrines, vides, à louer, à vendre ou abandonnées. Il y en avait beaucoup dans le périmètre Covid-19. Je lisais à ce moment-là Comment la France a tué ses villes d’Olivier Razemon.

Ces vitrines délaissées et invisibilisées étaient peut-être la représentation architecturale de l’oubli et du désintérêt national. Elles ressemblent aux monuments aux morts que plus personne ne regarde. Elles sont semblables à ces artistes marginaux auxquels on a jamais accordé d’importance. Elles sont ubuesque parce que conçues pour présenter quelquechose et maintenant si vides. Je trouvais qu’il y avait là un point de rencontre entre tous ces thèmes qui me passionnaient et que j’avais devant moi un espace et objet problématique.


 
 


Sur la plupart des vitrines de Méréville, de Pussay ou d’Angerville, c’est le même numéro de téléphone qui est inscrit. J’appelle Dao Immobilier et leur explique que j’aimerai louer une vitrine vide pour mon diplôme d’architecture. On est encore en plein confinement et ils me donnent rendez-vous après le 11 mai. Les semaines sont longues et je commence à faire des plans sur la comète en imaginant m’installer dans les vitrines les plus vides de la région.

Je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire dans la vitrine. J’ai passé des semaines à rédiger mon mémoire de diplôme sur l’art brut et les musées mais maintenant je n’y crois plus vraiment. Les jurys m’ont souvent répété que s’intéresser au musée, c’est “comme faire un crématorium...”, que si je faisais un musée de province, “je n’aurai que des croutes”.. Le confinement a fondu mes derniers arguments et je cherche un sujet ; j’ai envie de parler de l’oubli, de l’hommage et j’ai envie de faire un projet à échelle 1, construit, réalisé et testé. Je ne suis pas très forte en 3D et j’apprends petit à petit à aimer les maquettes ; le seul moyen que j’ai de faire de l’architecture, c’est d’en faire en vrai, avec des tasseaux et du carton puisque je n’ai que ça sous la main et ça tombe bien puisque j’ai toujours imaginé mes projets en carton.

Le 12 mai, j’ai rendez-vous à 14h avec Nicolas Dao à l’agence de la place Tessier d’Angerville. 

   

Le rendez-vous est l’occasion de tester pour la première fois une discussion en étant masquée. Je ne vois pas les traits de l’agent immobilier mais il saisit mon projet et me dit que le local de Pussay qui m’intéresse n’est pas praticable car le locataire du dessus pose problème et empêche chaque visite de se dérouler dans de bonnes conditions. Mais il a une proposition à me faire et m’emmène voir ce dont il s’agit. Nous traversons les stationnements en épi de la place Tessier et arrivons devant le numéro 9. Il s’agit d’un ancien salon de coiffure, fermé depuis plus de 25 ans.

J’avais déjà repéré ce local et en avait même fait une maquette.



Sur le trottoir large d’1,30mètre, monsieur Dao a du mal à ouvrir la porte à cause des centaines de prospectus qui se sont accumulés derrière.

Le local est sombre car les persiennes et les rideaux sont tirés.
Le mobilier (lavabos en marbre rouge, miroirs et rangements) est encore en place. Le rez-de-chaussée est divisé en deux espaces qui mènent sur une petite cour couverte donnant accès à 2 autres étages.
Nous visitons l’ensemble des pièces ; les papiers peints sont déchirés, les moquettes salies, les cheminées ont léché les murs ; tout semble couvert d’une fine couche de poussière sentimentale. Monsieur Dao m’explique que le propriétaire a refusé de vendre depuis plus de 25 ans et qu’il a cédé l’année dernière (pourquoi? il ne m’a pas répondu). Le salon a d’ailleurs déjà été vendu à une autre agence immobilière qui démarrera les travaux en septembre.


    

Mais pour m’intégrer dans une trame urbaine, il faut que je m’y fasse accepter. Et, après avoir discuté avec l’agent immobilier et les commerçants dont les locaux sont encore ouverts, je décide de prendre rendez-vous avec le Maire d’Angerville.

La Mairie télé-travaillant, il est difficile de joindre Monsieur Mittelhauser m’assure sa sécrétaire, qui me fixe un rendez-vous dans 10 jours. Je patiente à nouveau et continue d’avancer sur le projet, en imaginant naïvement que j’aurai toutes les autorisations possibles et imaginables.

Le jour du rendez-vous, monsieur Le Maire n’a finalement pas le temps de recevoir mon appel et sa secrétaire me propose un autre créneau dans une semaine ; je m’obstine car sans cet appel, le projet est encore bloqué. Je parviens finalement à présenter mon projet au Maire qui m’accorde quelques instants. Mon projet de musée ne l’intéresse pas et il me fait simplement savoir qu’il ne m’autorise pas à me brancher sur les bornes d’électricité du marché, qu’il ne peut en aucun cas me fournir de l’aide matérielle (je demandais s’ils avaient une échelle à la mairie que je puisse emprunter) et surtout que si je veux ouvrir mon espace au public alors il faudra le remettre entièrement aux normes. Il me communique alors le numéro de la responsable Urbanisme d’Angerville que je parviens à joindre dans la foulée. Mme Sohier m’explique que, effectivement, il faut déposer un dossier d’urbanisme (AT – CERFA 13824) comprenant un dossier d’accessibilité et un dossier sécurité, qui seront que traité dans un délai de 4 mois. Le dossier d’accessibilité va être difficile à établir puisque pour commencer, la porte de l’ancien salon de coiffure mesure 70cm et n’est donc pas praticable pour les PMR. Il faudrait alors la refaire, ce qui implique de casser la façade et les deux vitrines. Elle refuse de m’autoriser à déborder sur le trottoir ne serait-ce que pour y mettre un panneau d’information.



























Il s’agit alors d’un projet architectural critique mettant en évidence certaines absurdités du monde législatif, mais qui les prend toutes en considération en les appliquant à la lettre.

En voulant respecter les règlementations urbanistiques, je vais même jusqu’à respecter les exigences sanitaires à l’ère post-Covid 19. En effet, si l’espace est visitable sans y pénétrer alors il peut rester ouvert lors d’une prochaine pandémie. Peut-être que là réside la solution pour tous les lieux publics : qu’ils ne soient jamais physiquement accessibles au public, afin de limiter drastiquement les risques de propagation de virus inconnus.



Donc, si je ne peux pas faire rentrer du public, je peux cependant exploiter les deux vitrines dont je dispose pour rendre visible l’espace interdit au public. Lorsque j’imaginais la transformation de l’espace intérieur, je considérais la salle du fond, qui dispose elle aussi d’une vitrine, comme la salle d’exposition principale. Il faut alors que je trouve un dispositif architectural qui permette de visiter cet espace depuis le trottoir.


 

Pour cela, je décide de diviser l’endroit en 3 espaces et programmes différents, tous accessibles et conçus pour être vus et vécus depuis le trottoir.
3 espaces car il y a 3 vitrines (2 extérieures et la vitrine intérieur qui divise le salon en deux).




Je vais construire, depuis la vitrine de gauche, un tunnel visuel, composé de lentilles et de miroir convexe, qui permet au visiteur de voir ce qui se passe à l’extrémité du local, dans la « salle du fond ».

Le seuil de la porte sera le hall d’accueil où je serai placée lors des horaires d’ouverture afin de présenter le projet et d’en expliquer le fonctionnement.

La vitrine de droite sera, quant à elle, consacrée à la collection, disposée sur un volume occupant l’intégralité de sa surface volumétrique.


  

Pour la structure du tunnel, je profite d’un rendez-vous avec Tom Gray, ingénieur, pour demander quelques conseils.



Les matériaux employés seront ceux que j’emploie habituellement, c’est-à-dire, le tasseau et le carton.

Le carton a de très nombreuses qualités ; résistant, il bénéficie de propriétés techniques comparables à celles du béton ; son inertie empêche les déformations telles que le fléchissement (pour une poutre), le flambage (poteau) ou le vrillage (pour les structures plus complexes).

Flexible, transformable et pas cher, le carton est brut et trouvable partout. C’est le seul matériau dont je disposais pendant le confinement, en allant me ravitailler quotidiennement à l’Intermarché de Méréville.

Car Nous sommes pauvres et non pas riches, comme l’écrit Josef Albers.

Et comme le dit Thomas Hirschhorn, le carton revêt un caractère pamphlétaire antibourgeois, éphémère et nomade. Ce dernier aspect est très important pour l’état d’esprit et la temporalité qui m’importent dans ce projet.


Pour que le projet fonctionne, il faut, je pense, lui accorder plusieurs semaines d’existence mais pas nécessairement plus longtemps.

Les matériaux que j’emploie correspondent à cette posture. Dans mon mémoire Ne pas oublier de se souvenir, j’avais émis l’hypothèque que seul un monument éphémère et fragile remplirait le devoir de mémoire et qu’il ne fallait surtout pas confier aux pierres la mission du souvenir.

Il en va de même, selon moi, pour les musées et autres institutions destinées à archiver des existences et des productions.

Cette forme est temporaire, c’est pour cela qu’on ne se préoccupe guère de sa « Beauté ». Il est important de témoigner! Témoigner son amour, son attachement. Ces Autels profanes ont, à cause de leur précarité, une grande force plastique et dégagent beaucoup d’énergie visuelle. Ils sont sans qualité mais ils appliquent la faiblesse comme stratégie, implacablement.
Thomas Hirschhorn


Lors de mon rendez-vous avec M. Dao, M. Mitellhauser et Mme. Sohier, j’ai dû expliquer la temporalité de mon projet : environ une semaine de travaux et ensuite, idéalement, un mois d’occupation du local. Mon projet est temporaire et c’est, en tant que future architecte, ce qui me semble le plus cohérent.

En 2020, continuer de proposer de l’architecture figée, définitive et boursoufflée de fatuité est obsolète, écrit Mathieu Poitevin dans le numéro de L’Architecture d’Aujourd’hui paru en mars.

Sans tomber dans les clichés du « c’était mieux avant », il est aujourd’hui compliqué de penser un projet sur du très long terme ; à l’heure du réchauffement climatique, des déplacements de population, des pandémies et confinements, comment peut-on imaginer un projet qui ait du sens ne serait-ce que dans 50 ans? En tant qu’architectes, il est urgent de freiner les envies débordantes des constructeurs et de regarder à nouveau ce qu’on a déjà construit puis mis de côté.

Un projet temporaire correspond à ma vision actuelle de l’architecture contemporaine ; je veux penser et construire un musée de proximité temporaire, précaire et fragile pour qu’il soit facile et rapide à ériger, accessible et pertinent.

Je dois maintenant expliquer ce que je souhaite faire dans cet espace ; et pourquoi je suis revenue à ma première idée pour le diplome : faire un musée.
Je vais vous maintenant vous présenter le Musée de Proximité. Et tout d’abord, un élément semble indiscutable : pour faire un musée, il faut une collection.

Avant d’entamer cette partie consacrée au contenu du projet, je voudrais simplement souligner que lorsque j’ai proposé de re-penser l’institution muséale, j’ai été confrontée quasi systématiquement à des commentaires de la sorte ; « un PFE sur un musée, c’est comme un PFE sur un crématorium » / « si tu fais un musée en province, tu vas te retrouver qu’avec des croûtes » / « le risque, c’est que tu fasses un musée pour les petits peintres du dimanche » / « pourquoi est-ce que tu veux mettre au bûcher les petits artistes dont tout le monde se fout »,.. La liste est longue et ces arguments m’ont souvent bloqué, car effectivement l’institution culturelle ne semble pas propice à la transformation et à l’expérimentation.

Si je suis inscrite en AAP, c’est car le sous-titre, Laboratoire du réel, me fait sens, et qu’il me semble que si je n’expérimente pas moi-même en étant étudiante, je n’aurai qu’une vision biaisée de la réalité plus tard.

Je maintiens donc ma volonté de penser un musée différent et je suis prête à assumer les directions que le projet pourrait prendre. Dans ce cas, je pourrais tirer empiriquement mes propres conclusions.

Pourquoi maintenir le mot musée et ne pas choisir « centre culturel », « pinacothèque » ou « galerie »?

Car il me semble que seul le mot « musée » fait le dedans et le dehors, et que les autres termes désignent une autre entité architecturale, avec d’autres programmes et problématiques, que celle que je souhaite questionner.

Le mot « musée » est d’ailleurs ré-apparu d’une manière étonnante sur le devant de la scène le 28 avril 2020, durant l’allocution du Premier Ministre Edouard Philippe, lors de l’annonce de la réouverture des « petits musées ». Je me suis dit qu’il y avait là une nouvelle typologie intéressante à valoriser.

J’ai du mal à me faire à l’idée que l’architecture n’aime pas tout ce qui est petit (entendu en correction) et j’aimerai ici faire comprendre mon intérêt profond pour l’ordinaire.

Toute ma réflexion sur l’art brut est basée sur une passion pour les productions qui n’ont jamais été pensées dans une stratégie commerciale ; pour les choses faites avec simplicité et spontanéité ; pour les hommes et les femmes, (les « petites gens » comme les appellent les parisiens) qui ont trouvé une technique à travers laquelle ils peuvent s’exprimer plastiquement.

Si je suis convaincue que le musée ne suffit plus pour accueillir des productions hors-normes, autodidactes ou marginales, alors je veux concevoir un espace d’exposition qui me permette de donner une forme spatiale et matérielle à mes préoccupations, et de les faire découvrir à un public.


     

Je veux penser un espace muséal qui ne soit pas qu’une structure de classement, d’ordonnancement et de violence ; et qui puisse être ouvert à tous et à tout.

La baguette de pain du centre-bourg ne nourrit pas seulement au sens propre. Elle alimente aussi la rencontre impromptue, le lien social. Olivier Razemon

Si je parle de « musée de proximité », c’est parce que je cherche à créer la rencontre et la discussion autour d’un objet extra-ordinaire. Je veux générer une activité sociale qui rassemble un public ; pas de manière formalisée ; mais en épousant les contours du quotidien, avec des expériences très accessibles.


Et, après avoir obtenu un local disposant de vitrines, après avoir dessiné et construit sa transformation programmatique, il me faut désormais une collection.

N’oublions pas que le musée est d’abord un lieu vide, que l’on remplit graduellement.

Le musée de proximité a la particularité de prendre place dans un espace fermé depuis longtemps et que le projet va permettre de donner vie à deux éléments antagonistes ; le musée et la vitrine vide.

Pour constituer la collection du musée, j’ai donc cherché les solutions à ma portée, en commençant par placarder dans tous les commerces de proximité, des affiches « MUSÉE CHERCHE OEUVRES ». Les premières réactions furent étonnées et enthousiastes.

Lors des premiers jours de travaux sur place, une petite dizaine de riverains sont venus me rendre visite, curieux et intrigués de voir la porte du salon de coiffure ouverte. Dès que quelqu’un passe sa tête par la porte, je lui explique le projet et lui propose de ramener ce qu’il considère être une oeuvre afin de constituer un catalogue inconnu d’objets peuplant l’espace. Cette collection à construire est fondamentale pour moi car j’y vois l’occasion de mettre en pratique cette citation de Duchamp : C’est le regardeur qui fait le tableau. J’aimerai que, pour une fois, on ne demande d’avis à personne, ni aux critiques d’art, ni aux historiens d’art, ni aux commissaires d’exposition patentés ; et qu’on change le regard sur ceux qui font qu’un objet devienne une oeuvre d’art. il s’agit d’accepter toutes les propositions des riverains, des habitants, des visiteurs qui vont dans le sens d’une confrontation et d’un questionnement de la place de l’art aujourd’hui et ici.

J’ai besoin de comprendre ce qu’est l’art ; j’ai besoin que vous me montriez de l’art.

L’objectif est-il d’attirer du public? Non car ce n’est pas parce qu’il y a du public que ça marche ; et ce n’est pas parce qu’il y a pas de public que ça marche pas.

A l’heure où j’écris ces lignes, voici comment j’imagine le protocole d’exposition : chaque jour, une oeuvre est exposée dans la « salle du fond » et est visible grâce au périscope géant ; à la fin de la journée, l’oeuvre rejoint la collection située dans la vitrine de droite et est exposée avec les autres jusqu’à la fin de l’installation. C’est un processus d’accumulation et d’exposition qui me fait penser au collectionneur Joachim Olender, dans le documentaire La Collection qui n’existait pas, où il explique qu’il n’expose jamais ses oeuvres et les sort de temps en temps pour un dîner, et ensuite les range. J’aime que l’oeuvre ne soit jamais exposée éternellement et qu’elle ne devienne ainsi jamais une « décoration ».

Avec un tel protocole, toute personne qui me visite ou me contacte devient un agent potentiel de transformation ; je ne définis pas l’issue mais j’établis plutôt différentes conditions de départ.

Je dois constamment repenser les questions que je pose. Comme beaucoup d’architectes, je ne fixe pas l’issue de mes recherches dès le départ, mais fais plutôt évoluer le projet -et moi-même- petit à petit et avec une certaine intentionnalité, en quelque chose d’autre. La crise est prévue (et jamais gaspillée). La friction préméditée constitue le moyen avec lequel je me force à changer. Le Musée ne suffit plus.



Voici ce que nous avons à vous offrir. La confusion guidée par un but bien précis. Gordon Matta-Clark

Jeudi 4 juin, les travaux démarrent enfin. La propriétaire d‘ElektroKdo accepte de brancher notre bobine d’électricité ; nous pouvons utiliser la scie sauteuse et recharger les batteries de la viseuse. Les matériaux et les outils sont simples ; je n’ai pas de grandes facultés de construction alors nous allons procéder par étapes et avancer empiriquement. 



1. Dans un premier temps, nous construisons une structure pour le miroir convexe de 70cm de diamètre que j’ai trouvé sur Le Bon Coin. Il sera fixé dans le fond de l’espace pour que, à travers le “téléscope”, on puisse voir l’ensemble de la pièce. Ensuite, nous faisons des tests pour le téléscope.



2. La première version, avec un diamètre final de 70cm est bien trop grande. Nous réduisons de moitié le diamètre. À première vue, ça fonctionne mieux. 



3. On ajuste petit à petit les 2 parties de la structure et, quand on est OK, on la consolide. J’aime tant cette esthétique faite d’assemblages et de choix empiriques. 



Une fois que le “télescope” est lancé, nous commençons à installer les tasseaux qui viendront soutenir les parois de carton. Fred les place “à force” en fonction des deux diagonales que je délimite avec une ficelle. A 12h30, la voisine vient nous rendre la bobine : elle ferme. Je pars à la recherche d’un autre voisin coopératif. Nous pourrons nous brancher à 14h chez l’opticien. 


Pour faire un test depuis le trottoir, je construis un socle fait de boîtes en carton sur lequel je place la première oeuvre : une trouvaille dans les ruines de l’ancien salon de coiffure.

Quand l’oeuvre est éclairée, ça fonctionne : c’est-à-dire, qu’on la distingue à travers le “télescope” ; la prochaine étape, c’est trouver des lentilles et les placer dans le tunnel.

À 17h40, la sécretaire de l’opticien vient nous rendre la bobine. Il va falloir terminer la journée sans électricité. On finit par la construction et la mise en place de la tablette pour le hall d’accueil. 



Deux jours après, je retourne au Musée de Proximité pour prendre les mesures des structures afin d’en faire des dessins techniques.
Je commence à noter les rencontres que je fais pour les illustrer ensuite.

Les personnes qui s’arrêtent devant la porte sont toutes intriguées par la réouverture du local fermé depuis si longtemps.
Je reçois des encouragements et beaucoup de questions concernant le fonctionnement, le financement et le but de mon projet.

Vers 13h, une journaliste de « La République du Centre » m’appelle, elle veut écrire sur le Musée de Proximité, elle aussi a beaucoup de questions. Tout cela me motive encore plus.




axonométries et dessins techniques concernant les structures élaborées durant le jour 1 du chantier : 







Première étape du chantier terminée.

Pour les suivantes :
- fixer les cloisons de cartons
- y découper une porte pour que je puisse circuler
- y découper l’ouverture qui permet de voir les lavabos et les miroirs 
- constuire le volume qui viendra occuper la vitrine de droite et accueillir la “collection permanente”
- mettre en place les lentilles
- accrocher le mot “musée” sur la façade

Voilà à quoi cela devrait ressembler.


article dans la “République du Centre” du 12 juin 2020

  

Vendredi 12 juin, suite des travaux. La vendeuse 





La vendeuse d’ElektroKdo accepte de brancher la bobine d’électricité à nouveau. On termine de fixer la tablette du hall d’accueil et je dessine le module à construire. On se rend compte qu’on n’aura pas assez de planches alors Fred va à la benne et trouve une porte qu’on va utiliser pour les marches du module d’exposition. Les dimensions sont donc définies en fonction des matériaux dont nous disposons. On se fixe comme objectif de terminer le module en milieu d’après-midi pour ensuite commencer à cloisonner.

Lorsqu’on revient de la pause déjeuner, Mme. Dao, la gérante de l’agence immobilière qui m’a prêté le 9, place Tessier, vient nous voir : « Mais vous avez pas le droit de faire ça! Vous devez tout enlever! Remettez les persiennes, vous avez pas le droit de faire ça!!! ». Effectivement, depuis les débuts des travaux, elle n’est pas venue voir ce qu’on faisait et elle a aperçu le chantier à travers la porte : c’est la panique. Elle nous explique que ce local a été saisi par l’Etat et que la vente n’est pas encore terminée : le futur acquéreur pourrait profiter de notre installation pour faire revoir le prix de vente à la baisse. J’apprends tout cela alors que le chantier est quasiment fini. Je lui explique que la structure est auto-portante et que nous n’avons touché à rien d’existant ; je rendrai les clefs du local dans le même état, la poussière et les 1000 prospectus moisis en moins. Ça la rassure un peu mais elle exige un contrat d’assurance et qu’absolument ne pénètre dans l’espace. C’est déjà prévu mais je lui assure que je suis en train de respecter toutes les exigences de la Mairie, de la section Urbanisme, et désormais les siennes. Le projet se modèle aux interdictions, restrictions et à la dé-responsabilisation de tous les acteurs qui cherchent à s’impliquer le moins possible. Tout est affaire de responsabilité. Je me rends compte à ce moment que le projet tient à peu de choses. Je dois avouer que la fatigue s’empare de moi à ce moment. 

On continue les travaux comme prévu en espérant que les prochaines visites soient de meilleure augure. On termine le tunnel et le volume pour la collection permanente! On a même le temps de fixer la première paroi, côté tunnel. Ça commence à ressembler à quelquechose.

Je dois revoir rapidement monsieur Cardonnel, le futur acquéreur du local, pour lui expliquer le projet et l’inviter à venir voir l’installation. Je vais voir sa secrétaire qui me dit qu’il n’est pas là avant mardi prochain.




Voilà à quoi cela ressemble quand nous rendons les clefs à l’agence Dao.
Monsieur Cardonnel s’avère  injoignable et sa secrétaire m’assure qu’elle me rappellera dès que possible. Le mardi suivant, je retourne au Musée de Proximité accompagnée des premiers visiteurs de Malaquais : Selin Delamare, Pierre Bertin, Pietro Mariat et Jeanne Aïssaoui.
Je veux leur montrer la structure interne et les coulisses de l’installation ; pour cela, je leur fais remplir un formulaire de décharge de responsabilité. Je rentre également dans ce jeu afin de moi-même me dédouaner en cas de problème lors de la visite. L’architecture contemporaine est faite de protocoles bureaucratiques. 



Je crains que les agents immobiliers entrent dans le Musée quand je n’y suis pas et démontent tout. Je prépare un dossier à l’attention de l’agence Dao et Cardonnel constitué d’une présentation de l’intervention architecturale, d’un certificat de scolarité, d’une photocopie de ma carte d’identité, du mail de Mme. Sohier du secteur Urbanisme de la Mairie d’Angerville, et d’une attestation d’assurance de Responsabilité Civile AXA.
Je joins au dossier un grand bouquet de tournesols. L’architecture contemporaine tiendrait-elle aux petites attentions?



Nicolas Dao reçoit joyeusement le dossier et les fleurs. Quentin m’aide pour fixer les cartons sur le module et il fixe la paroi presque entièrement.


 

Quand je passe de l’autre côté de la paroi, près du tunnel, je réalise : c’est de l’architecture extraite de ma tête, avec des moyens accessibles, des techniques d’assemblage rudimentaires et un rendu qui me ressemble sur le plan esthétique, structurel voire même politique. Plusieurs éléments font identité comme le carton, l’approximation des mesures et l’empirisme de la construction. La phase de chantier s’achève bientôt et c’est la première fois que je regarde un espace que j’ai transformé en tant qu’architecte.


Je fais la rencontre de Thierry Maussaint, qui cherchait à joindre le Musée depuis quelques jours après avoir vu l’annonce à la boulangerie. Il est sculpteur sur pierre et sur bois et aimerait exposer une pièce. On discute sur le trottoir et je lui explique le protocole d’exposition ; on décide ensemble qu’il exposera une pièce à partir de vendredi prochain. 

Mardi 23 juin : derniers ajustements des parois. J’ajoute le détail : un loquet.

Demain, il faudra installer les cartels et le panneau en dessous de la tablette. Peut-être faire des tests de lumière et, si besoin, installer un spot sur l’exposition permanente.
Demain, ouverture. Enfin!


Laurent Tixador est de ceux que j’avais envie d’inviter au Musée de Proximité. Je ne le connais pas personnellement mais j’apprécie énormément son travail, son esthétique et sa philosophie : Laurent traverse la France à pied, parfois avec Abraham Poincheval, parfois tout seul ; et quand il s’arrête, il construit des multi-prises et des lampes en bois, il archive tout ce qu’il trouve sur la route et il fait des fouilles archéologiques magiques.

Il a rapidement répondu à ma proposition et nous nous sommes rencontrés par Skype mercredi 24 juin. Laurent aime que ce le Musée de Proximité soit « léger, simple et marrant ». Après avoir vu plusieurs options d’oeuvres pour le Musée (un moulin, une série de lampes), Laurent choisit un Canon, qui apparaît d’ailleurs dans le livre « L’Atelier du Pic » qui est souvent sur ma table de chevet. Laurent est à Nantes mais l’oeuvre est dans sa galerie, Fabienne Leclerc, à Romainville. Il me propose aussi de projeter un long-métrage qui accompagne l’oeuvre.

Après avoir raccroché, il m’envoie des photos du canon en action et en situation.

La photo qu’il prend du canon fait penser à un registre archéologique ; on est tous les deux d’accord sur le fait que rouvrir un salon de coiffure fermé depuis 25 ans est aussi une manière de faire de l’archéologie.



Et comme prévu, ouverture du Musée de Proximité! Il n’y a pas encore d’objets exposés : les participants au vernissage ont pu prendre connaissance du volume du Musée à travers l’oeillet et à travers la vitrine de droite que je vais révéler : on voit désormais le module de carton. 

Les deux premières oeuvres à rejoindre le Musée de Proximité ont été enregistrées : il s’agit de proposition de Dominique Renard et de Fred Sapey-Triomphe. J’inaugure les « bons de prêt » du Musée, qui est désormais prêt à ouvrir! 


Le lendemain, première permanence au Musée. J’expose l’oeuvre trouvée dans la vitrine du salon de coiffure ; un des vestiges des décorations passées.  J’organise ma virée à Paris dédiée à la collecte de différentes oeuvres ; j’ai rendez-vous chez Patrick Bouchain, Thomas Hirschhorn et Bruno Montpied, qui ont tous répondu présents à l’appel et souhaitent participer au projet.

À Paris, le rendez-vous avec Bouchain ne se passe pas comme prévu. Il m’envoie deux adresses différentes et le temps que Pietro? Jeanne et moi comprenions où était l’agence, il était déjà parti..mais je récupère néanmoins une maquette qu’il souhaite exposer. Je ne peux pas lui faire signer de reçu.

Je traverse Paris pour arriver à Aubervilliers, dans l’atelier d’Hirschhorn où m’attendent deux assistants et deux oeuvres. Je dois choisir laquelle me plaît le plus. Les bons de prêt sont posés sur la table ; tout est bien organisé. Romain emballe l’oeuvre avec soin et m’explique qu’il faut faire attention à ce que le carton ne se plie pas. Je repars avec « Fifty-Fifty », une oeuvre en carton de 1992 que j’avais déjà étudié plusieurs fois.  Qu’Hirschhorn participe au projet est une grande consécration pour moi et le Musée ; c’est lui qui inspire la plupart de mes projets.

Je redescends ensuite vers Château Rouge pour rejoindre Bruno Montpied, qui me confie son « Dresseur d’Auréole », déjà emballé dans du papier bulle et glissé dans un sac en plastique. Autour de deux demis, nous discutons, entre autres, de ses dernières trouvailles, de maisons de campagne et de Vélib’.

À la fin de cette journée, je réfléchis au processus même de prêt de l’oeuvre ; quels sont les précautions, les recommandations et les dispositifs mis en place. Les trois rendez-vous ont été révélateurs de gestions très différentes de l’objet-oeuvre d’art et du discours qui l’entoure. 








Lundi 29 juin, j’ouvre le Musée en fin d’après-midi avec le tableau « Norma Jean » d’Inès di Folco. Le tableau est très sombre et recouvert d’une fine couche d’huile d’olive, m’avait expliqué Inès. Norma Jean est le vrai nom de Marylin Monroe et elle est représentée ici par un visage mystérieux à la chevelure blonde.

Tout est fermé le lundi à Angerville, les rares passants ne s’arrêtent pas et ne semblent même pas intrigués par ce qui se passe.
Les jours d’exposition, je place une affiche sur la pancarte à l’entrée où on peut lire le titre de l’oeuvre, le nom de l’artiste et la date. Le soir, je fais un visuel avec une photo de l’œuvre traitée en bitmap. L’archivage des oeuvres a commencé. Je commence à organiser un protocole quotidien pour que les oeuvres puissent se succéder de manière fluide.


Le lendemain, c’est la burette d’huile domestique BP de Dominique Renard qui prend la place du tableau d’Inès di Folco, qui rejoint la pièce Sans Titre dans la collection permanente. Je change les cartels et je photographie les deux socles différents. Le Musée s’adapte à l’oeuvre.
J’ouvre pendant les horaires du marché de la place Tessier mais le stand de vêtement devant le Musée en obstrue totalement la vue.
J’observe à travers les portants les quelques riverains circuler.
La matinée s’achève ; je débranche la bobine d’électricité chez Elektro Kdo, je ferme le rideau sur la collection permanente, je prends en photo BP et je ferme tout.

L’ouverture et la fermeture du Musée de Proximité sont deux rituels auxquels je m’habitue progressivement.



Mercredi 1er juillet, il pleut et je décide d’ouvrir le Musée à 17h. J’expose la maquette de Patrick Bouchain sur sa caisse de champagne Ruinart.













Demain, c’est le dernier jury blanc avant le diplôme en septembre. Pour l’occasion, je fais un plan du RDC afin qu’on puisse comprendre comment sont agencés les volumes à l’intérieur.



miroir concave

rangement

stock de cartons

socle

oeuvre d’art


















porte

paroi





lavabo

tunnel visuel

paroi simple

vitrine d’exposition 1





paroi double

volume d’exposition

vitrine d’exposition 2
















tablette

porte d’entrée



Après le jury, j’ouvre le Musée. Thierry Maussaint est là et a apporté deux oeuvres : l’Idole et Erosion. Nous les regardons et il choisit de confier l’Idole au Musée de Proximité. Quentin apporte trois cafés et nous regardons passer les gens qui sont aujourd’hui curieux du projet. Je place l’installation de Pablo Jomaron au bout du tunnel, les cartels, et la maquette de Patrick Bouchain dans la collection permanente. À midi et demi, la voisine d’Elektro Kdo vient voir l’oeuvre du jour et nous annoncer qu’elle va fermer la boutique, comme tous les jeudis après-midis.






Nous prenons la voiture direction Paris pour aller chercher l’oeuvre de Laurent Tixador à la galerie InSitu, à Romainville ; puis, on fonce chez Radio Nova où je suis invitée par Marie Bonisseau à parler du Musée de Proximité, d’art brut et de costume-cravates d’architectes.

Le lendemain, vendredi 3 juillet, j’ouvre le Musée avec l’oeuvre de Thierry Maussaint. Je mets environ 20minutes à désinstaller l’oeuvre de la veilleet à installer celle du jour. A 17h30 le vernissage commence. Naomi arrive du TER depuis la gare d’Austerlitz. Elle a fait bon voyage et est venue à pied de la gare à la place Tessier. C’est Naomi qui filme le vernissage, où se retrouvent les amis de Thierry, qui sont tous dans le milieu associatif et artistique d’Angerville. J’ai la sensation que le projet commence ce jour-là à 17h30, avec la venue de ces personnes curieuses, intéressées et enthousiastes. Il y a au moins 6 personnes et cela forme déjà un petit attroupement qui suscite la curiosité des passants, qui s’arrêtent pour voir : c’est un succès. Nicolas Dao et son collègue de l’agence immobilière viennent même voir l’oeuvre du jour! C’est la première fois qu’ils voient l’installation pour de vrai, depuis que je leur ai déposé un dossier d’explication du projet il y a deux semaines. Le vernissage se termine à 18h50, le temps de plier boutique et de débrancher la bobine.








4 juillet, ouverture à 11h car tous les commerces ferment à 12h30 le samedi. Mes grands-parents viennent de Paris pour visiter le Musée ; ma grand-mère alpague tous les passants pour qu’ils viennent s’approcher mais ça ne fonctionne pas vraiment ; les gens sont pressés de rentrer chez eux aujourd’hui et rares sont ceux qui prennent le temps de s’arrêter pour voir l’oeuvre de mon père, Fluo Chromatique, qui fonctionne pourtant très bien dans la lentille.




Dimanche 5 juillet, j’ouvre le Musée avec beaucoup de difficultés, je me cogne partout, je fais tout tomber et je maudis certaines décisions spatiales que j’ai prise sans me rendre de la non-praticité de ce que j’avais construit. L’escabeau m’aide difficilement à hisser les tableaux d’Inès di Folco et Fred Sapey-Triomphe tout en haut du module ; la baguette qui me sert à fixer le rideau n’est pas du tout efficace ; certains cartons de la paroi doivent déjà être re-fixés. 




Mais c’est un jour spécial car j’installe Fifty-Fifty de Thomas Hirschhorn ; c’est une oeuvre en carton qui va très bien sur le socle de carton du Musée.
Ceux qui me connaissent savent à quel point Hirschhorn est une référence pour moi. L’exposer aujourd’hui a une haute teneur symbolique.
Je me permets de publier une photo de l’envers du décor, prise par le photographe Michel Sabah, car il me semble que ce décor prend une autre dimension avec cette oeuvre ; l’un paraît avoir été pensé pour l’autre.





Ce lundi, ouverture en fin d’après-midi. Il fait beau et j’apprécie particulièrement la route vers Angerville où les champs défilent au milieu des éoliennes. Ce trajet quotidien est un moment précieux au cours duquel j’organise les idées, les choses passées et les choses à venir. Ce jour-là, il n’y a pas grand monde à Angerville et le canon de Laurent Tixador n’a pas la réception qu’il méritait d’avoir. Il sera mieux dans la vitrine, plus visible et compréhensible. Les gens passent, les voitures se garent et le clocher sonne 18h. Voilà à quoi tout cela ressemble. Il n’y a pas d’oeuvres pour demain. J’essaie de joindre Maite Vilar, artiste d’Angerville, pour lui proposer d’exposer mais elle ne répond pas. C’est la première fois que je n’ai pas de visibilité sur le lendemain.


Maite me répond le lendemain matin en acceptant joyeusement de présenter une pièce le soir même. Le Musée est prêt à 17h15, et restera ouvert jusqu’à 18h30. L’oeuvre de Maite fonctionne très bien avec le tunnel, elle réfléchit la lumière et s’allie avec le miroir derrière.



Les riverains commencent à prendre l’habitude de regarder à travers l’oeillet. Cette valse des observateurs est amusante à regarder ; les réactions sont toujours stupéfaites et étonnées. 


Le lendemain, ma mère arrive en RER à Etampes, je passe la chercher en retard et nous filons au Musée pour exposer une de ses oeuvres jamais auparavant montrée : Estudios de Cielos. C’est une carte bleue en papier, qui se plie ; elle a servi à réaliser une version monumentale de cette même carte en 2017. L’oeuvre fonctionne bien dans le tunnel ; on dirait qu’elle dialogue avec les papiers peints qui l’entoure. La map-monde (map-étoile) dialogue avec le télescope ; avec Emma Malig, nous partons en voyage ce mercredi matin. Les fleurs explosent dans les bacs de la rue et ma mère ramasse les boutures ; un peu du Musée de Proximité repoussera bientôt ailleurs.

Sa venue à Angerville me rappelle qu’elle m’avait suggéré de parler de La Vitrine, « lieu d’exposition miniature ». Dans l’atelier de mes parents à Paris, il y a une vitre au rez-de-chaussée que mes parents ont transformée en vitrine d’exposition pendant de nombreuses années. Chaque mois, il y avait un vernissage, moment festif et joyeux qui réunissaient les artistes de la rue Baron le Roy et leurs amis, où était présentée l’oeuvre du mois. Ce projet a bien évidemment nourri le Musée de Proximité ; et mon projet est un hommage à ce travail curatorial formidable que mes parents ont entrepris. Voici le lien vers La Vitrine : http://lavitrine1.free.fr/index.html

La liste d’exposition est impressionnante et les noms des artistes et de leurs oeuvres sont tous reliés à un souvenir d’enfance marquant. Le moment des remerciements n’est pas venu mais ceux pour mes parents n’ont ni prétexte ni horaire ; merci à eux deux pour tout.


Au Musée de Proximité, parfois il n’y a pas d’œuvres prévues et parfois il y en a deux. Aujourd’hui, la Découverte des Exoplanètes de ZAKO fait une furtive apparition dans le télescope avant de rejoindre la collection permanente. 

La collection permanente qui s’agrandit, comme prévu, de jour en jour.

Après avoir inauguré les deux expositions du jour, nous allons à Villeconin rencontrer Françoise Houel, dont l’artiste Timothée Chalazonitis m’a parlé : diplômé des Beaux-Arts de Paris, il a grandi dans ce village où résident quelques artistes, dont lui et sa soeur, Lena Chalazonitis ; et Françoise Houel. Timothée doit passer au Musée mais le rendez-vous est compliqué à établir alors je décide d’aller à Villeconin après avoir téléphoné à Françoise qui est intéressée par le projet. Françoise Houel a été institutrice en maternelle et elle cultive un jardin fantastique. À ses heures perdues, elle sculpte des morceaux de bois qu’elle trouve. Françoise nous fait visiter son jardin et son « chalet », où elle travaille. Elle choisit un couple sculpté dans un morceau de merisier, trouvé après la tempête de 1999. Son « chalet », ses outils, son atmosphère sont apaisants. L’exposition de l’œuvre, dont le titre est provisoire, est prévu pour le lendemain.


Jeudi 9 juillet, j’ouvre le Musée dans l’après-midi avec l’œuvre de Wolfgang Natlacen ; c’est une maquette pour la future Momtomb, qui va fêter ses 10 ans cette année. Le travail de Wolfgang m’a inspiré pour mon mémoire sur les monuments aux morts et je suis ravie de pouvoir exposer une de ses oeuvres aujourd’hui.
La maquette est très fragile et soigneusement emballée dans plusieurs couches de papier bulle. Je l’expose au bout du tunnel puis la place au premier plan de la collection permanente.


À 17h, Françoise Houel arrive ; on boit un verre de Perrier sous la chaleur écrasante. Françoise remarque tout de suite le plantin qui pousse entre les pavés. Il n’y a personne dans les rues d’Angerville cet après-midi alors nous discutons d’herbes aromatiques et de plantes comestibles.







 
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